• Marie Robert

Ceci est une respiration



Quatrième jour. Les épaules se tendent. Les yeux lancent des étincelles. Le ton monte. La solitude oppresse tandis que la promiscuité éreinte. Rester chez soi. Soutenir le personnel médical. Protéger les autres. Nos seuls impératifs à scander, à incarner, à répéter. Mais dans le ventre, il y a ce besoin presque animal de faire sortir sa colère, sa peur, son impatience. La fureur éclate de façon étrange et inattendue. Face à notre famille, face à notre frigo, par mails, par textos. Pas d’autre choix que de l’accueillir. Au Moyen-âge, loin d’être rejetée, elle était considérée comme l’expression de notre vitalité. Idem, à la fin des années 60, en Grande-Bretagne, dans la communauté thérapeutique de Kingsley Hall fondée par R.D. Laing où l’on considérait que la colère était un tournant décisif dans le processus thérapeutique. Grâce à elle, l’individu exprimait son identité authentique, débarrassé de son moi artificiel. Mais une fois la rage exprimée, une fois que le volcan a explosé, il est temps de comprendre de quoi se compose sa lave. Quelle est la douleur masquée par ses cris, ses agacements, ses jugements ? Allons regarder ce que nous indique cet emportement. Alors peut-être que le courroux se transformera en larmes, en besoin, en désir, en sommeil réparateur, en prise de conscience salvatrice, en mots couchés sur le papier, en danse pour expulser, en câlins pour pardonner, en gratitude à l’idée d’être en vie, en amour pour l’après. Peut-être… N’ayons pas peur de nos mouvements intimes. Ni honte de nos irritations. Laissons-nous traverser par tout ce qui nous arrive. Ce moment aussi passera. Et en attendant, rappelons-nous que chaque émotion est l’occasion de comprendre quelque chose de précieux sur ce qu’il se passe sur nous.

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