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  • Marie Robert

Ceci est une rage.

Ceci est une rage. « Qu’est-ce que ça veut dire « normal » ? Ma mère est normale, mon frère est normal. Je n’ai aucune envie d’être comme eux ! », c’est avec ces mots extraits de « L’enfant penchée » de Benoit Peeters, que Clara Dupont-Monod débute son propre livre, le si émouvant « S’adapter ». J’ai grandi dans les années 80 et quand j’étais en école primaire, l’une des insultes les plus fréquemment utilisée était « eh mais t’es handicapé toi ! ». Elle était proférée dans des circonstances diverses, quand on n’arrivait pas à rattraper un ballon, quand on trébuchait ou quand on ne répondait pas assez vite aux exercices de calcul mental. L’insulte ne se voulait pas spécialement agressive, elle cherchait juste à souligner une déficience, mais bien que banale, nous avions tous envie d’être du bon côté de la « normalité ». Il y a plusieurs mois, lorsqu’on m’a proposé de faire une conférence sur le handicap, j’ai repensé à cette histoire et je me suis demandée si près de 30 ans après, c’était encore une insulte commune dans les récrés. De tout mon cœur, de toutes mes forces, j’ai espéré que ce ne soit pas le cas. Cependant, je me suis dit que la meilleure manière d’éviter ce genre de remarques n’était pas d’interdire l’insulte, mais bien de parler du handicap, d’en parler haut et fort, d’en faire une question centrale et de ne pas se contenter de quelques images aux Jeux paralympiques tous les quatre ans. Car avouons-le, le handicap reste assez confidentiel autour de nous. C’est ce que l’anthropologue américain Robert Murphy nomme la « liminalité », le fait que la personne en situation de handicap est maintenue sur le seuil de la société. Ni totalement extérieure, ni jamais totalement à l’intérieur. Bien souvent, nos sociétés ne font que semblant d’accueillir les personnes handicapées, pour les laisser en réalité dans une situation de liminalité, transformant les invalides en invalidés, en outsiders de la cour de récré. Et je crois que c’est pour abattre ces insupportables frontières que j’avais envie d’en parler dans l’épisode du jour de mon modeste podcast. Je nous souhaite de faire voler en éclat la normalité. #Bonjour Credit : Lauren Nathan-Lane.



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