• Marie Robert

Ceci est une question de vie



Il y a ce livre de Sophie Calle posé sur ma commode, qui chaque jour, semble un peu plus me narguer : « Que faites vous de vos morts ? ». Une question ouverte aux allures de dissertation, qui pourtant évoque la plus complexe des réalités métaphysiques. Que faire de ces vivants qui n’en sont plus ? Que faire du deuil dans une société dépourvue de rites ? Ou placer la perte dans un monde de consommation ? Est-ce qu’on supprime leur numéro ? Est-ce qu’on les vire de Facebook ? Est-ce qu’on allume des bougies ? Faut-il fleurir les tombes ? Mais surtout, est-ce que le souvenir maintient présent ? Les réponses sont aussi absurdes et subjectives que l’est la douleur : « je les enterre », « je m’occupe de leurs enfants », « je m’en rapproche », « je les idéalise », « je les collectionne », « je leur pardonne »...etc. Soudain, c’est un immense territoire qui s’ouvre à nous, celui de la parole face au règne du tabou. Donner corps à travers les mots, plutôt que laisser s’évaporer les âmes. Cesser les injonctions à la consolation pour accueillir cet autre versant. Regarder un instant ce qu’il advient si on ne se détourne pas. C’est une mère, c’est un père, c’est un bébé, c’est ami, c’est un collègue, c’est un être aimé ou détesté, c’est en tout cas un élément en dialogue avec notre existence. D’aussi loin que je m’en souvienne, je crois que je n’ai jamais trouvé d’interrogation plus urgente. Le point central de toute ma pensée. Que fait-on de nos morts ? L’issue appartient à chacun. Pour ma part, je dirais que je les raconte.

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