• Marie Robert

Ceci est une question à dépoussiérer



La scène commence par une vision de la momie desséchée qui s'appuie sur le rebord de la fenêtre, puis glisse une jambe à l'intérieur de la pièce. A cheval sur le rebord, une mystérieuse boule de cristal en main, elle contemple de ses orbites vides Tintin, plongé dans un profond sommeil. Angoisse et malaise. Le souvenir de la momie inca, Rascar Capac, mise en scène par Hergé provoque son lot de frissons dans le dos. C'est dans « Les Sept boules de cristal », le treizième album des Aventures de Tintin, publié en 1948, que l'on rencontre "Celui-qui-déchaîne-le-feu-du-ciel". L'histoire raconte que des membres de l'expédition ethnographique Sanders-Hardmuth ont ramené du Pérou la momie du roi Inca, Rascar Capac, et sont tour à tour frappés d'une malédiction. Tintin commence alors une enquête pour tenter de mettre un terme à tous ces décès. Mais en réalité, cette momie n'est pas tout à fait une invention du dessinateur. Si la momie adopte cette curieuse position accroupie, c'est parce qu'Hergé se serait inspiré d'une véritable momie inca. Au milieu du XIXe siècle, le Baron Jean-Baptiste Popelaire de Terloo voyage à travers le Chili et le Pérou, dont il ramène trois momies. Il cède l'une d'entre-elles au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles. De cette momie, datée entre 1100 à 1450 après J.-C., on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle souffrait d'arthrose ce qui explique sa position. Au-delà de cette curieuse apparition, au-delà de cette frousse exotique, au-delà de la houppette interrogative de Tintin, cet extrait pose la question du sacré. Peut-on fouiller les cadavres anciens ? Quelle attitude adopter face à des symboles qui ne nous appartiennent pas ? Un sacrilège peut-il se reporter sur une autre civilisation ? Quelle est la place de la connaissance ? Bref. L'angoisse que nous inspire Rascar Capac est peut-être plus complexe qu'il n'y parait, elle est celle d'un questionnement sur le sens à donner aux vestiges, aux reliques, et surtout au pouvoir que nous nous octroyons sur le passé. La réponse nécessite l’usage de notre meilleure boule de cristal : notre esprit.

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