• Marie Robert

Ceci est une puissance.


Ça gronde, ça s’agite, ça palpite le long des tempes. C’est plus que de la fougue et c’est autre chose que de la haine. La colère est singulière. Elle exige de la finesse pour parvenir à la cerner. L’éthique grecque loue les vertus de la tempérance et fait de la colère l’expression de l’hybris, cette démesure orgueilleuse, irresponsable et vaine. Même les héros y succombent. Il se laissent aveugler par leur hargne, au risque de devenir ridicule, comme des pantins agités par les secousses de leur égo. La pensée antique nous engage à condamner les excès, à chérir le « rien de trop », à demeurer calmes, impassibles et prudents. Mais l’hybris est-elle la seule forme de colère ? Les grecs n’ont que trop le sens de la précision pour laisser place à la caricature. Ils identifient une autre variation de la fureur. Celle qui se glisse dans le thymós. Ce souffle d’indignation qui saisit le cœur. Qui rend insupportable l’injustice, le déshonneur, l’humiliation, la médiocrité. Le thymos est cette capacité à se révolter, l’instinct vital sur lequel repose notre humanité. Refuser le silence, refuser les compromissions, refuser les conforts de l’habitude, pour dire ce qui ne peut plus durer. Platon, dans la République, fait du thymos la caractéristique majeure des gardiens de la Cité idéale. Car il faut ce feu là pour déconstruire et bâtir autrement. Et surtout, autre chose. La colère lorsqu’elle n’est pas une agitation sauvage mais un moteur intime, nous rend invincible, apte à renverser à table et dessiner un monde où règne la douce lueur de l’apaisement. Je vous souhaite une journée où l’hybris laisse place au thymos.

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