• Marie Robert

Ceci est une prise en main.


Combien de tâches abstraites dans notre quotidien ? Combien de directives fantomatiques dont on ne sait pas exactement à quoi elles renvoient ? Le mal-être contemporain au travail tient souvent à un excès d’abstraction. Pourtant, nous avons longtemps opposé les mouvements de l’esprit à ceux des mains. Valorisant les uns au détriment des autres, sans saisir les va-et-vient nécessaires entre les deux. Si aujourd’hui l’artisanat revient sur le devant de la scène, c’est peut-être pour répondre à cette urgence du corps, à cette volonté de voir ce que l’on fait, de se confronter à la matière. L’anthropologie et la neurobiologie nous apprennent qu’il nous est difficile de percer le sens des choses sans les « prendre en main ». Il y a chez Heidegger la perspective que « l’être est à portée de main ». Que les choses nous apparaissent en les touchant. Car c’est en faisant, qu’on s’aperçoit de notre capacité à agir sur le monde, que l’on constate les effets de notre action. Les travaux pratiques ne sont pas des hobbies superficiels, des passe-temps ludiques, ils sont une expérience métaphysique, une façon de s’ancrer dans la réalité. Et surtout, sentir les effets qu’on a sur le monde, c’est aussi en être responsable. Lorsqu’on fabrique, que l’on répare, que l’on manipule, que l’on cuisine, l’échec ou la réussite s’affichent immédiatement. Pas moyen de fuir, ni de se détourner. On reprend. On y revient. On tente autre chose. Mais on est là, pleinement là. L’enjeux politique est de taille, celui de faire face à nos actes. Alors remettons de l’esprit dans nos mains et des mains dans notre esprit. La vie nous impose de naviguer entre ces espaces. Soyons artisans du monde à venir. Je vous souhaite une journée d’aiguilles, de tournevis et de fouets électriques.

2 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

©2020 par Philosophy is sexy.