• Marie Robert

Ceci est une prière.


Hier quelqu’un m'a écrit pour me demander quel était le texte que j'aimais le plus dans l'histoire de la littérature. J'ai eu envie de déballer toutes mes bibliothèques. De remuer les mots comme si je déroulais mon autobiographie. Roth, Borgès, Fitzgerald, Moravia, Duras, Tolstoï, Hemingway, Oz, Dostoevski, Fante, Blanchot, Shakespeare...etc. Ailleurs et ici. Mais à l'exigence du choix, j'ai fini par élire le paragraphe qui m'a sans doute le plus aidé à vivre. A supporter. A pardonner. A aimer donc. Et j’ai choisi celui-ci que j’ai répété tant de fois : « Je ne méprise pas les hommes. Si je le faisais, je n'aurais aucun droit, ni aucune raison, d'essayer de les gouverner. Je les sais vains, ignorants, avides, inquiets, capables de presque tout pour réussir, pour se faire valoir, même à leurs propres yeux, ou tout simplement pour éviter de souffrir. Je le sais : je suis comme eux, du moins par moment, ou j'aurais pu l'être. Entre autrui et moi, les différences que j'aperçois sont trop négligeables pour compter dans l'addition finale. Je m'efforce donc que mon attitude soit aussi éloignée de la froide supériorité du philosophe que l'arrogance du César. Les plus opaques des hommes ne sont pas sans lueurs : cet assassin joue proprement de la flûte ; ce contremaître déchirant à coups de fouet le dos des esclaves est peut-être un bon fils ; cet idiot partagerait avec moi son dernier morceau de pain. Et il y en a peu auxquels on ne puisse apprendre convenablement quelque chose. Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'il possède. » - Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien. Une prière, pour les jours de lumière et les jours de ténèbres. Je vous souhaite un lundi de lecture.

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