• Marie Robert

Ceci est une pratique philosophique.



C’est surtout de cette façon, qu’Albert Camus nous incite à penser. Lorsqu’il est loin des villes, loin des constructions, l’homme peut savourer la symphonie des sens provoquée par l’environnement. Se promener en pleine végétation, se laisser errer dans la forêt ou nager en pleine mer, c’est vivre un abandon, un retour originel. Dans un de ces textes que j’adore, les Noces à Tipasa, il déclare poétiquement : « Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celles-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer ». En insistant sur les sens, sur l’aspect corporel, Camus illustre l’intensité de son propos, l’urgence de nous ramener au corps plutôt qu’à la tête, d’accepter l’absurdité, afin de se laisser enivrer par l’immédiateté des sensations. Ce face-à-face avec la nature, qui vit, qui se transforme, qui chemine au fil des saisons, passant de la jeunesse du printemps au seuil de l’hiver, nous fait prendre conscience de notre condition de mortel, car contrairement à elle, nous n’avons qu’un seul cycle, et notre fin est inéluctable. Tout ceci engage notre lucidité et notre humilité, et nous enseigne l’importance d’être là, ici et maintenant. Loin d’être une vision sinistre, il y a à la clé, la perspective de retrouver le simple plaisir d’exister, d’être en symbiose avec les éléments, et de participer à la « grande respiration du monde ». De quoi donner envie de plonger.

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