• Marie Robert

Ceci est une porte.


Ceci est une porte. C’est étrange mais j’ai l’impression que nous n’avons plus beaucoup de ressources. Et je ne parle pas seulement des ressources planétaires. C’est comme si nous étions allés puiser si profondément dans notre terreau émotionnel que nous n’avions plus la possibilité de « prendre sur nous ». Nous parvenons plus à simuler, à travestir, à acquiescer par politesse. Nos rapports aux autres se sont complexifiés car ils sont à nu, libérés de l’habillement des convenances et des conventions. Alors forcément le quotidien est parfois devenu curieusement aride. Agressivité, tension, crises de larmes, incapacité à faire des efforts, réactions épidermiques et craquages en série. J’entends bien que ce n’est pas le cas partout, mais j’ai tout de même la sensation d’un véritable éreintement collectif. Sincèrement, j’ai du mal, comme beaucoup, à supporter ce genre de climat, je n’aime pas qu’on voit les coutures et je chéris les remparts de la douceur. Et pourtant, je vois dans ces méandres quelque chose de précieux : la possibilité, enfin, de désigner nos limites. De les rendre visibles. Dans un système qui glorifie le « toujours plus », dans une société où l’on trahit nos convictions par diplomatie, où l’on s’inflige des moments qui nous abîment, c’est peut-être intéressant que les vannes de notre sensibilité s’ouvrent. Alors j’entends déjà les critiques. Ça ne veut pas dire que la contrainte n’est pas nécessaire, au contraire, ni qu’il serait louable de vivre dans un égoïsme forcené, c’est simplement intéressant d’observer que nous devons repenser nos manières de faire, de dire, d’échanger, pour ne pas parvenir à ce degré d’épuisement. Peut-être que cette étape est indispensable pour nous apprendre à nous réguler, à anticiper, à ménager, à exprimer. J’ai souvent en tête l’image de cette amie à la maternité, exténuée par les visites. Son regard de détresse m’avait bouleversé, et je m’en étais voulu de ne pas l’avoir compris plus tôt. J’aurais aimé qu’elle ose nous mettre à la porte car alors, c’est que notre amour aurait été suffisamment solide pour qu’elle se le permette. Je nous souhaite d’oser dire pour mieux nous retrouver. #Bonjour Crédit : @suzor

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