• Marie Robert

Ceci est une planche.


Ceci est une planche. Il y a quelques jours, une amie m’a envoyée un texto : « Hier, j’ai surfé. Ça faisait plus d’un an. J’étais nulle, épuisée, je tombais tout le temps, jamais debout plus de cinq secondes, mais que c’était merveilleux !! ». Évidemment, j’ai souri, j’ai eu envie de lui offrir un café et de l’enrouler dans une serviette pour lui sécher les cheveux. Et puis, j’ai relu ses mots, et ils ont provoqué une vague d’émotions, sur laquelle j’avais, moi aussi, envie de surfer. Il y a ici un curieux paradoxe : comment se fait-il que l’ingratitude d’une tâche devienne un moment grandiose ? L’océan est certainement l’un des éléments les plus imposants au monde. Or, comme l’explique si bien, Fréderic Schiffter, dans sa petite « Philosophie du surf », le cœur même de la pratique, c’est d’essayer de dompter cette matière imprévisible qu’est l’eau. Pour y parvenir, il faut savoir lire l’océan et ses vagues, connaître les reliefs des fonds marins, la force des courants, l’influence du vent, oser s’élancer...etc. Il faut des connaissances, de la persévérance et de l’audace. James Cook, lorsqu’il découvre le surf dans les îles Sandwich, se demande quel est le sens de ce jeu, ou plutôt de ce he e’nalu, qui signifie « faire corps avec la vague en glissant sur elle ». La réponse tient dans cette expression, car « faire corps avec la vague en glissant sur elle » est un résumé de nos existences. Le lien peut sembler facile mais le constat est bien là : il y a des centaines de moments où nous nous sentons minables mais où nous sommes pourtant fiers de nous être lancés. Il y a des dizaines de journées que nous avons traversé en ayant le cœur en vrac mais avec la satisfaction de nous être senti vivant. Surfer n’est pas une activité réservée à des atlantistes à la peau tannée, c’est une attitude à adopter face à notre obsession de la réussite. Sans doute que les esprits seraient moins épuisés, si l’on rendait hommage à nos tentatives, si après s’être échoué sur le sable, on avait qu’une envie : remonter sur nos planches au risque de prendre à plein visage les embruns salés qui donnent de la beauté à nos vies. Je vous souhaite une bonne session. #Bonjour @flosoderbergh

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