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  • Marie Robert

Ceci est une place publique.

Ceci est une place publique. « Tu regardes toi ? », « Ah non jamais de la vie, et encore moins cette année, je boycotte », « Oh oui on se fait un apéro avec les potes !», « Et puis quand même ça m’a ému moi le France-Maroc », « Je vais te dire, ils sont payés à rien foutre ceux-là », « Des travailleurs sans papiers, on en a aussi sur le chantier des JO », « Il est fort ce Mbappé », « J’espère que Rabiot sera remis de sa grippe », « Dans quel système va jouer Deschamps pour neutraliser Messi ? », « Il a pas l’air de faire si chaud que ça au Qatar ! ». Autant de fragments collectés au hasard de la semaine, aux détours de nos agora personnelles. Je n’aime pas la cacophonie des polémiques, je n’ai aucune compétence en stratégie footballistique et le Qatar me questionne bien au-delà de la Coupe du monde. Et pourtant, quelque chose me touche dans ces paroles ramassées au coin des rues, c’est peut-être l’idée que quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, le football questionne, intrigue, choque, agace, déchaîne, en somme il suscite, et rappelle que nous sommes encore capables de passions, capables de convictions, capables de commentaires échangés avec des inconnus au comptoir d’un café, ou de cris de victoires pour des matchs qu’on n'a pas joués. Rien ne m’effraie plus que l’indifférence, que le calme plat, qui laisse faire, qui laisse dire. Rien ne me trouble plus que les silences qui isolent. Alors sans doute qu’il y a dans le football, malgré tous ses écueils, malgré toutes ses dérives, l’expression d’un « en commun » qui, sans fantasme, ni illusion, peut, de temps en temps, nous réunir. Et surtout, il se dévoile sur le terrain le vertige des possibles, cette hypothèse selon laquelle, les choses ne sont peut-être pas jouées d’avance. Le football, écrit Pasolini, est comme un système de signes où « chaque but est toujours une invention, une subversion du code. Chaque but est foudroiement, stupeur, irréversibilité ». J’aimerais que la vie soit comme les terrains, que l’intensité se déploie dans l’espérance d’une possible victoire, non pas d’une lutte contre l’autre, mais d’un triomphe contre la fatalité. Je nous souhaite des cris de joie qui se partagent. #Bonjour



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