• Marie Robert

Ceci est une paire de lunettes.


Ceci est une paire de lunettes. Comment perçoit-on le monde ? C’est une question étrange et pourtant ce matin, elle m’est essentielle. Comment regarde-t-on les choses autour de nous ? Avec attention, méfiance, suspicion ? Avec douceur, tendresse, confiance ? Est-ce que les objets nous indiffèrent ? Ou est-ce qu’on les sacralise comme si rien n’était plus précieux ? Est-ce que les animaux sont de simples présences ou est-ce qu’ils sont pour nous des semblables ? Quelle est notre façon de traverser la réalité ? Peut-être que ces questions vous paraissent absurdes, vaines, ou bien trop ardues pour un matin, et pourtant, j’ai la conviction qu’elles portent en elles un enjeu fondamental. Il y a longtemps, j’ai découvert fascinée les travaux de Philippe Descola, l’un des plus célèbres représentants de l’anthropologie. Dans sa pensée, il classe les cultures humaines en quatre grandes familles, comme autant de rapports au réel. Il y a d’abord les « naturalistes », les plus nombreux en Occident, qui considèrent que les humains et les non-humains sont identiques par leur corps, mais qu’ils diffèrent par leur intériorité. En somme, ça revient à dire, par exemple, que les animaux sont aussi vivants que nous, mais que seuls les humains ont une âme. Puis il y a les « animistes », qui estiment l’inverse, c’est-à-dire que les humains et les non-humains ont une âme, mais qu’ils sont enveloppés dans des corps différents. Ensuite, viennent les pensées « totémiques », pour qui humains et non-humains sont comparables à la fois par le corps et l’intériorité, ainsi, les plantes, les objets, les animaux, les humains, ont autant d’importance. Et, enfin, les cultures « analogiques » qui supposent que les humains et les non-humains diffèrent à la fois par le corps et l’âme, et que nous sommes tous des vivants singuliers. Peu importe au fond, quel regard on adopte. Mais se poser la question, c’est saisir au plus profond de nous que tout est construction et qu’il n’y a pas une seule façon de contempler l’existence. Cette idée, je crois, ne cessera jamais de m’émouvoir. Je vous souhaite d’adopter le regard le plus juste pour vous. #Bonjour

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