• Marie Robert

Ceci est une opportunité



Qui n’a pas déjà, par mégarde, envoyé un sms compromettant à la mauvaise personne ? Qui n’a pas déjà été surpris livrant un secret qu’on avait promis de garder ? Qui ne s’est pas déjà retrouvé pris en flagrant délit d’une chose inavouable ? Et qui n’a pas eu envie de disparaître pour ne pas avoir à vivre ce moment gênant ? Nous avons tous été soumis au moins une fois dans notre vie à cette curieuse épreuve qu’est la honte. Le vertige d’être découvert. C’est précisément à cette épreuve du regard des autres que Jean-Paul Sartre consacre sa réflexion. La honte, c’est le moment où la personne en face de nous se met dans la posture de l’observateur afin de nous scruter. Que ce regard soit sévère ou doux, il met mal à l’aise, on se retrouve sous les projecteurs, la cible des commentaires. À ce moment-là, nous sommes comme arrachés à notre tranquillité, c’est-à-dire que nous existons en dehors de nous-mêmes, nous devenons pour l’autre un objet : l’objet de son regard, de sa considération, de son jugement. La honte, au même titre que la fierté, réside dans ces instants où les autres, non seulement nous scrutent, mais surtout nous font prendre conscience de ce que nous sommes, et de ce que nous pensons. Quand nous avons honte, c’est parce que nous percevons la façon dont les gens nous voient, et que ce portrait nous force à la lucidité. Chez le philosophe, autrui devient une sorte de médiateur entre nous et nous-mêmes, comme s’il nous tendait un miroir. Celui d’une introspection. Finalement, le regard des autres est pour une fois, une opportunité pour prendre conscience de nos comportements. Pourquoi a-t-on envoyé ce sms ? Pourquoi a-t-on révélé ce secret ? Cette chose est-elle si inavouable ? Finalement, la honte n’est rien si ce n’est une magnifique possibilité mise à jour.

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