• Marie Robert

Ceci est une odyssée.


Ceci est une odyssée. Quand même, il serait peut-être temps de l’admettre : c’est fou ce qu’on s’ennuie. Et peut-être que le plus effroyable dans cet ennui n’est pas tant l’absence d’activités, mais au contraire, la lassitude dans laquelle nos tâches, nos amours, nos pratiques, sont engluées. Certes, il y a du travail à abattre. Il y a des enfants à éduquer, des métros à prendre, du labeur à affronter, du linge à laver, des cours à suivre. Il y a même des livres à lire. Mais tout cela s’inscrit dans une fatigue pernicieuse, celle d’une vie devenue mécanique, une existence où l’espace et le temps se sont figés. Une symphonie aseptisée, une musique d’ascenseur si bien décrite par Camus : « Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps ». Quel étrange paradoxe. Il y a un an, nous étions anéantis par l’imprévu. Et aujourd’hui, l’imprévu est devenu résignation. Il serait facile de nous caricaturer en citoyens trop gâtés, en enfants capricieux qui ne connaissent pas les écueils de la survie, ni le vertige des séismes. Ce n’est pas faux, et il va de soi, que tout cliché à sa part de vérité. Mais si la lassitude n’est pas un péril, elle est tout de même une étrangeté qui nous enchaîne. Elle devient dégoût, écœurante habitude qui étouffe le désir et noie les horizons. Chez Jankélévitch, il est trois manières d’envisager le temps : l’ennui qui « déprécie l’heure présente », le sérieux, ce regard qui embrasse le temps en le surplombant, et enfin, l’aventure, l’expérience passionnée d’un temps tourné vers l’avenir. Alors peut-être que nous devons plus que jamais nous lancer, aller au-devant de nos aventures, nous orienter vers l’avenir, tenter, risquer, aller vers le jeu, vers l’inconnu, entreprendre, renverser la table, déconstruire, s’en remettre aux dieux de la créativité, sans doute est-ce à ce prix que nous retrouverons le goût de l’heure présente. En se rappelant que chaque seconde a le goût de l’infini. Je vous souhaite une journée de péripéties. #Bonjour

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