• Marie Robert

Ceci est une ode à nos vies.


Ceci est une ode à nos vies. Lundi matin. Le printemps nous sort de la torpeur d’un hiver sans fin. Le corps est engourdi, la tête pleine de tourments. Et pourtant, il y a ce timide élan, cette envie discrète, presque honteuse, ce désir maladroit de « célébrer » quelque chose. Il y a quelques semaines, j’ai diné à Marseille avec des amis arméniens, ils me racontaient dans d’invraisemblables éclats de rire les immenses fêtes de mariage, d’anniversaire, de naissance, et tout ce qu’ils organisaient à la moindre occasion. Ils détaillaient, hilares, les facéties des uns, les absurdités des autres. Et puis, comme pour ponctuer le récit, comme pour clore la scène, il y eut un moment de silence, de ceux qui permettent à chacun de replier son cœur et d’inscrire l’instant dans son âme. Après ces quelques minutes de recueillement, l’un des convives se leva pour trinquer et déclara les yeux baignés d’une intensité singulière : « A la fin, les fêtes, c’est tout ce dont on se souvient ». Alors, on trinqua, encore, et encore. A la vie, aux déceptions, aux retrouvailles, aux exils et aux accueils, aux abandons et aux conquêtes. On trinqua parce qu’à la fin il ne reste rien, si ce n’est le chapelet de toutes nos célébrations. Célébrer est une manière de marquer le temps, les faits, les gens. De suspendre le flux qui nous laisse un peu chancelant, incapable de savoir ce que l’existence fait de nous. Ce n’est pas du déni, encore moins de l’insouciance, c’est justement la conscience qu’il faut faire exister la joie, la rendre visible avant qu’elle nous échappe, avant qu’on nous en dépossède. Alors en ce matin de printemps, dans l’air frais et vif de ce lundi à venir, je lève ma tasse, à tous ceux qui s’apprêtent à relever un défi, à tous ceux qui voudraient rester dans leur lit, à tous ceux qui accompagnent et serrent les dents, à tous ceux qui ont suivi leurs convictions, à tous ceux qui ont traversé l’hiver en faisant ce qu’ils ont pu, à tous les amis, les amours, les présents, les absents. Pourvu que ça tinte, pourvu que la mémoire s’imprègne et que l’onde retentisse longtemps. Je vous souhaite un lundi de grandes et de petites occasions. #Bonjour

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