• Marie Robert

Ceci est une nouvelle aube.


Ceci est une nouvelle aube. Il y a quelque chose d’assez perceptible, que l’on ressent ici et là : c’est à quel point nous nous sentons perdus. Nos socles se sont effondrés. Nos lieux d’existence ne s’imposent plus. Nos familles répondent à de multiples modalités. Nos carrières ne sont pas tracées, encore moins linéaires, et pour beaucoup, elles sont simplement précaires. Nos systèmes, à force de décevoir, s’écroulent. Et pendant ce temps-là, la raison s’effrite dans l’indifférence générale victime d’un immense brouhaha qui empêche de penser. A force de brûler les idoles, nous faisons face au vide. Nostalgiques d’un absolu qui nous échappe, il ne nous reste que le repli, l’ode au cocon, au chez soi, au développement de nos intérieurs. Il ne nous reste que nous. Nous, seuls, largués, effrayés, soumis à tant de possibilités absurdes qu’on en devient malades, incapables de choisir le paquet de céréales devant l’immensité du rayon. J’entends déjà les critiques, il ne s’agit pas de regretter les dogmes qui nous enfermaient, il ne s’agit pas non plus d’un stérile « c’était mieux avant ». J’écris avec mes privilèges, consciente de la liberté et du confort qu’il faut pour noter ces mots. Mais quelque chose me trouble, quelque chose vient serrer mon cœur. C’est que dans nos solitudes, nous n’avons plus d’histoires communes à nous raconter, plus d’histoires universellement partagées. Et les histoires, aussi fictives soient-elles, nous apaisent. Elles se racontent au coin du feu, elles se murmurent avant de dormir, elles illustrent des passages délicats de nos vies, elles aident à traverser les vagues, et elles nous inscrivent dans espace où l’on se sent soutenu, parce qu’on sait que d’autres, avant nous, sont aussi passés par ces forêts profondes, avec des loups, des brigands, des renards malicieux, et des fins heureuses. Même perdus, on est accompagné. Peut-être que c’est ce que cherche ici, peut-être est-ce ce que j’aime tant que certains commentent « c’est tout à fait ce que je ressens ». Je frétille, parce qu’une minute au moins, nous sommes ensemble, prêts à se tenir la main en plein désert. Je nous souhaite d’entendre nos pertes résonner ensemble. #Bonjour

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