• Marie Robert

Ceci est une mobilisation nécessaire



La nouvelle est apparue comme une notification de plus sur le téléphone. Parmi les hommages à Jacques Chirac et les absurdes commentaires sur Greta Thunberg. Christine Renon, 58 ans, directrice de l’école Méhul de Pantin, retrouvée morte dans son établissement, après avoir décrit dans un long courrier, son épuisement professionnel et son sentiment de solitude face aux parents et face à l’administration. Un suicide au travail. Pas le premier, pas le dernier. On pourrait parler des salariés en quête de sens, des agriculteurs asphyxiés, des policiers éreintés. On ne hiérarchise pas la souffrance. On ne la simplifie pas non plus. Un drame est toujours un labyrinthe de causes. Mais ici, quelque chose me trouble. C’est le curieux éclairage qu’il donne à ce métier. Car si l'on se préoccupe du bien-être de nos enfants, si l’on s’engage pour leur assurer un avenir épanoui, si l’on lutte pour leurs donner les outils propices à leur développement, alors nous devons aussi nous soucier de l’état psychique de ceux qui les entourent au quotidien, 8h par jour, 10 mois dans l’année. Les profs, les atsem, les directeurs…etc., petit peuple si souvent conspué pour leurs nombreux congés, leurs horaires appréciables, leur statut de planqué. Ceux qui de septembre à juin, ont entre les mains la plus considérable des responsabilités : préparer la jeunesse à l’avenir. Jonglant avec les sureffectifs, les changements de programmes, les injonctions des uns, l’irrespect des autres, les paradoxes, la lourdeur administrative, le manque de formation, les corps à corps avec les inégalités… J’en passe. Certainement pas parfaits, certainement pas irréprochables, mais face à un défi à nul autre semblable. L’urgence est de le réaliser. Je suis moi-même directrice d’école, dans des conditions infiniment privilégiées, mais ma mission est d’assurer que mes équipes vont suffisamment bien pour être exposées à une salle de classe. Pour être en mesure de transmettre. L’éducation des enfants ne peut faire l’économie du soutien nécessaire à leurs professeurs et au personnel qui prend soin d’eux. Christine Renon n’est pas un fait divers. C’est un fait d’avenir.

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout