• Marie Robert

Ceci est une marche dans la brume



Il faudrait savoir, résoudre, se positionner. Il faudrait anticiper, juger, condamner, faire de cette façon plutôt que de celle-là. Il faudrait. Et pourtant… Et pourtant, les pensées s’entremêlent dans la tête, volatiles, éphémères. Les larmes coulent. Le cœur palpite. On ne sait plus que faire de nos émotions. La confusion se love dans le contradictoire. Les gps sont en déroute. Le doute cimente cette curieuse tempête. Rien d’autre à faire que soutenir comme on peut notre personnel soignant. Pour le reste, nous sommes des naufragés de l’incertitude. Mais est-ce la première fois que nous ne savons pas ? Avons-nous déjà su de quoi demain sera fait ? Prévoir nous structure, nous rassure, nous cadre, mais la solidité du socle n’empêche pas les incertitudes de surgir. On ne sait qu’après. On ne saisit les conséquences qu’une fois l’histoire terminée. Il en va de même pour le sens qui n’affiche son évidence qu’à l’issue de nos expériences. Sur l’instant, nous sommes uniquement soumis au vertige du mouvement, à la rationalité qui sans cesse montre ses limites. Nous sommes en plein brouillard et le brouillard ne dévoile que ce qu’il y a autour de nous. Il n’engage ni l’avenir, ni le passé, ni l’espace lointain. Tout tend à l’évanouissement. Les points de repères sont mis à mal, le sens de l’équilibre fait défaut et le temps ne semble plus suivre son cours. L’insignifiant devient central. Nos perceptions sont en alerte. Le brouillard nous invite à prêter attention à chacun de nos pas. Le regard minutieux se pose sur l'ombre d'une main. Nous nous raccrochons à la seule certitude dont nous disposons : celle du sang qui irrigue nos veines. Dans ce curieux flou, nous sommes à couvert des autres, mais à découvert de nous-même, on ne peut plus se cacher. La fuite n’est même pas envisageable. Aller plus loin revient à rester sur place. Où qu’on aille le brouillard nous aura toujours déjà précédé. Il est inutile de s’enfuir. Alors ayons peut-être, le courage d’affronter la liberté que le néant suppose. Bientôt, bientôt, nous y verrons plus clair. « Tout est très incertain et c’est précisément ce qui me rassure » - Tove Jansson

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