• Marie Robert

Ceci est une manière de voir



Il est parfaitement fascinant, et tout aussi nécessaire, d’imaginer que Léonard de Vinci n’avait pas le même regard que nous. Car l’œil médiéval, dont il est l’héritier, lit toujours une image du plus loin au plus près. À l’inverse de l’œil moderne, il va chercher le fond pour se rapprocher ensuite du premier plan, à l’avant-scène. Avant de se laisser gagner par cette émotion qu’est le sourire de la Joconde, il faut donc commencer la lecture du tableau par l’arrière-plan. On y voit d’abord le chaos originel, puis une montagne, une source, un fleuve, qui finit par se tarir, puis un pont sur ce fleuve déjà tari…etc.Toute l’histoire du monde se déroule jusqu’à cette révélation, qui est au bord de l’espace peint : cette femme au sourire mystérieux. On ne perçoit du monde que la peau, Léonard de Vinci avait l’ambition de l’inciser. Ce que nous voyons est ce qui fait l’art, sachons adapter notre œil à la complexité. Merci à Patrick Boucheron de si bien le rappeler.

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