• Marie Robert

Ceci est une mémoire à venir



Que restera-t-il de nous à l’aube de nos oublis ? Quel serait le souvenir de notre monde, si toutes nos connaissances s’évaporaient dans un nuage ? C’est à ces questionnements singuliers que le céramiste autrichien, Martin Kunze, tente de répondre depuis 2012, à travers son projet baptisé « Mémoire de l’humanité ». Plus que le spectre d’une apocalypse, c’est la crainte de l’effacement qui pousse Martin a ce curieux inventaire. Face à toutes ces données que nous sauvegardons en ligne, risquant une irrémédiable disparation, il choisit de répondre au chaos numérique par la force ancestrale de l’argile. Le principe est aussi simple qu’absurde, des données sont inscrites sur des tablettes de céramiques, puis entreposées dans la mine de sel de la petite ville d’Hallstatt, à l’abri du néant civilisationnel. Plus qu'un simple projet d'archivage, l'intention est de créer une « capsule temporelle de notre époque ». Une sorte de photographique bancale, subjective, composite, capable de retranscrire ce que nous fûmes. Des publications scientifiques, des coupures de presse, des chefs d’œuvre de la littérature, des informations géopolitiques, viennent nourrir le palmarès. Mais chacun est libre d’y ajouter sa contribution, une photo de mariage, une citation, juste quelques lignes, rien n’est trop insignifiant pour être gravé dans l’argile. La poésie comme geste de résistance. Si les tablettes sumériennes ont assuré la survivance de l’écriture cunéiforme pendant plus de 5000 ans, gageons que celles de Martin Kunze sauront préserver nos mots des vertiges de l’amnésie. Une question demeure cependant : qu’aurions-nous envie d’inscrire au rang d’éternité ?

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