• Marie Robert

Ceci est une lueur.


Ceci est une lueur. Dimanche soir, 18h26. C’est un enthousiasme timide qui éblouit lorsqu’on constate que le soleil se couche à peine. Ce n’est pas grand-chose, ça ne change pas le cours du monde et pourtant, dans cette journée qui s’étire un peu plus que d’habitude, il y a enfin une perspective. L’idée qu’un jour, bientôt peut-être, le printemps sera là. C’est l’histoire que l’on connait par cœur et que pourtant on peine à croire, le soleil qui pointe, les bourgeons qui éclosent, le vert qui revient. Observer la nature nous impose toujours une forme d’humilité. Elle nous rappelle que les cycles se répètent et qu’il en va ainsi du temps. Mais il y a quelque chose d’encore plus bouleversant, c’est le dialogue entre le printemps et l’hiver. L’éclosion est à la mesure de la disparition. Les feuilles poussent à l’endroit même où d’autres sont tombées. Et la terre se gorge de promesses, là où elle fut glacée. Je crois que je pourrais éclater en sanglots à l’idée même d’écrire ces mots. Il y a cette idée de Delphine Horvilleur que j’ai noté dans un cahier : « On dit toujours qu’on se construit sur du solide, moi je ne crois pas, on se construit sur une faille, on se construit sur du cassé, on se construit sur une faillite ». Il ne s’agit pas de colmater, ni de réparer, ni de nier. A l’inverse, il s’agit de vivre avec. De construire sur ce gris, cette pluie, cette neige, ce gros temps, et de ne pas croire qu’aux édifices robustes, mais bien plutôt, aux édifices vivants. Ceux qui ont gelé pour renaître, ceux qui ont perdu pour s’élever. Quels sont les morceaux de verre brisés qui crissent sous nos semelles ? Quels sont les chagrins qui nous fondent ? Quels sont les appels qu’on a pas reçus ? Quels sont les mots qu’on a pas pu dire ? Quels sont les maladies qui ont dévasté notre santé ? Quelles sont les difficultés financières qui nous ont pris à la gorge ? Quels sont les mensonges et les secrets qui nous ont rongés ? Quels sont nos très grandes tristesses ? En honorant nos faillites, on laisse la sève circuler dans nos veines, on laisse nos hivers devenir des printemps. Je vous souhaite de faire valser les quatre saisons. #Bonjour Credit : @denisseaps

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