• Marie Robert

Ceci est une lettre ouverte.

Ceci est une lettre ouverte. On m’a souvent demandé pourquoi je n’écrivais pas sur la maternité. J’ai longuement réfléchi à cette idée. Je ne me suis jamais fixée de thème obligatoire qu’il faudrait honorer. Je n’ai aucune légitimité pour intervenir sur une notion à la fois si profonde, si singulière, et si commune, que la naissance d’un enfant. Surtout, je me suis demandé ce qu’il était possible de dire en deux mille signes, alors même qu’il me faudra une vie entière pour traverser cette aventure. Et puis, au fond, comment trouver les mots ? D’aussi loin que je m’en souvienne, la maternité n’a pas été une évidence. Je n’ai aucune fascination pour la reproduction de mes gènes, ni aucune angoisse face à l’absence de traces à laisser. J’ai passé ces dix dernières années à sourire silencieusement devant la question : « Et vous, qui exercez dans l’éducation, vous avez des enfants ? », refusant que ma réponse implique quoique ce soit sur ma compétence ou mon identité. Quant à mon désir créatif, il est nourri quotidiennement par mon travail, sans compter que la possibilité d’avoir les pleins pouvoirs sur l’existence de quelqu’un me terrifie. En outre, en vingt ans de pratique philosophique, je n’ai jamais rien lu de particulièrement pertinent sur l’expérience maternelle, comme si la pensée était absente d’un vécu qui ne serait que charnel. Enfin, j’ai toujours eu bien trop de respect pour ce miracle qu’est la fabrication d’une vie pour trouver cela « banal ». Alors effectivement, au regard de tout cela, je n’étais pas la candidate idéale. Et c’est peut-être là que se joue tout l’enjeu de cette révolution. C’est qu’elle ne correspond pas à un idéal, mais à l’évidence d’une puissance qui donne une nouvelle lueur aux jours. Je n’ai rien à exprimer sur la maternité, mais j’ai tout à dire sur l’amour. C’est peut-être ici que l’intimité devient universalité. Je crois que l’amour est la seule chose qui ajoute de la vie à la vie, qu’on soit parents, amants, frères, sœurs, amis, ou simples soutiens. C’est la seule réponse possible à offrir au néant. Merci James de m’avoir choisie. Je vous souhaite d’aimer plus fort que les terreurs de la nuit. #Bonjour@charlotte__leonardi


61 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout