• Marie Robert

Ceci est une langue vivante



Il y a quelque chose de curieux dans le grec, dans cette langue prétendument morte, qui ne cesse de disparaître des établissements scolaires, mais qui pourtant est remplie de désir. Le grec n’est pas qu’un vocabulaire, un alphabet ou une grammaire, c’est un monde. Une autre manière de percevoir l’existence. Une exquise liberté. Par exemple, le grec ancien ne conçoit pas la couleur de la même façon que nous. Homère dans l’Odyssée ne mentionne que quatre tons : le blanc du lait, le rouge pourpre du sang, le noir de la mer, le jaune-vert du miel et des champs. Le reste, loin d’être invisible, n’est que vie et lumière. Pas une gamme chromatique à la Newton, mais une expérience de l’œil qui s’empare de chaque détail. La structure même de la langue impose un autre rythme. Le temps des verbes est indifférent, il n’y a pas de classification chronologique, seul compte l’effet des actions sur celui qui les exprime. L’enjeux du grec est le « comment ? », pas le « quand ? ». Plonger dans l’épaisseur de cette univers enfoui, n’est pas une tâche réservée aux élites universitaires, c’est une douceur, une cuillère de miel qu’on laisse fondre au cœur de la bouche, sans totalement pouvoir en décrire la sensation. Il faut oser lire, regarder, jouer avec les lettres, déchiffrer, sans prétendre posséder, juste en étant là, exposé aux rayons triomphants d’un éternel Parthénon. Puissions-nous être aussi vivants que les inoubliables athéniens.

1 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout