• Marie Robert

Ceci est une invitation.


Ceci est une invitation. Quelle est la toute première chose à laquelle vous avez pensé ce matin ? Quelle est la première fulgurance ? Le premier pas dans cette nouvelle salve d’heures ? La question paraît stupide, même un peu ridicule, et pourtant, elle ne l’est peut-être pas tant que ça. Car cette première image, prise au saut du sommeil, dans la brume du réveil, raconte là où nous en sommes, nous livre des indications sur notre vie. Elle est peut-être triviale, et nous engage simplement à racheter du liquide vaisselle. Mais peut-être aussi qu’elle est douloureuse, nostalgique, angoissée, métaphysique, amoureuse, pragmatique, urgente, cocasse ou créative. Peut-être qu’on la chasse, qu’on la balaye d’une gorgée d’eau. Peut-être qu’on l’oublie, tant elle flirte avec l’inconscient. Peut-être qu’elle éclaire une situation inconfortable. Peut-être qu’elle est à l’envers. Mais quelle que soit sa forme, sa teneur, sa rage, comment serait notre journée si nous prenions un café avec cette pensée ? Si nous lui accordions quelques minutes d’attention, comme si elle venait de quelqu’un d’autre ? Si on lui donnait la chance d’un tête-à-tête ? De quoi serait faite notre conversation ? Est-ce qu’on irait acheter ce liquide vaisselle ? Est-ce que notre douleur serait aussi vive ? Est-ce qu’on se vautrerait allègrement dans notre nostalgie ? Ou est-ce que de ces pensées matinales nous ferions autre chose ? On dit que les grandes histoires arrivent à ceux qui savent les raconter. Moi je crois que les grandes pensées arrivent à ceux qui parviennent à considérer les centaines de secousses qui nous traversent. C’est l’objet de la méditation, mais c’est aussi l’objet de la philosophie. Décortiquer ce qui « est là ». Que fait Montaigne dans ces « Essais » si ce n’est s’observer lui-même ? Et en le faisant comprendre un peu plus les autres ? « Je ne peins pas l'être, je peins le passage : non un passage d'âge en autre, ou comme dit le peuple, de sept ans en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l'heure. Chaque homme porte la forme entière, de l'humaine condition ». Je vous souhaite un tête à tête long et beau. #Bonjour

37 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout