• Marie Robert

Ceci est une invitation.


Un appel à changer de prisme. Comment accède-t-on à notre corps ? Comment arrive-t-on à en définir les contours, la forme, l’allure, la matière ? La plupart du temps, c’est la vue qui s’impose. Un regard dans le miroir, dans le reflet d’une vitrine ou peut-être dans un téléphone. Et peu à peu, à travers les yeux, se dessine l’empire de la comparaison : « Mais j’ai l’air énorme face à elle ! », « Mais je suis tout petit à côté d’eux ». Notre enveloppe charnelle ne nous appartient plus, elle se dissout dans ce que l’on croit apercevoir des autres. Notre corps devient un objet distancié, mesuré, scruté. Une pièce à dompter, à assumer, à politiser. Mais n’existe-t-il pas autre chose que ce corps « visuel » ? Certes, il y a aussi celui de la perception. Le corps organique qui semble mener une existence mystérieuse et autonome, celui si bien interrogé par Paul Valery : « Oserai-je écrire “mon corps” ? Tout ce que j’en sais ? Non pas mon corps, celui des médecins, mais celui que je me connais. Je ne sais rien au-delà de lui. Il est ma science, et je crois bien la limite de toute science, lui, ses affaires, ses gênes, ses besoins et leurs ennemis, ses régularités et leurs écarts, ses digestions, ses règles, et les sales détails humides de l’Amour ». Le corps comme une enquête. Mais à ce « corps des yeux » et à ce « corps de la perception », peut-être faut-il rajouter le corps des mains, celui auquel on accède par le toucher. Que devient notre corps lorsqu’on l’effleure, qu’on le caresse, qu’on le masse ? Il n’est plus question de corps positif, de corps complexé ou de corps comparé. Nous devenons soudain aveugles, riches d’un nouveau médium. La chair, la douceur, la sécheresse, les os sous l’épiderme, la finesse ou l’épaisseur des plis, les zones rugueuses, la pilosité… Soudain, un autre continent se dévoile. Nous nous appréhendons différemment. Et qu’en est-il s’il on touche les autres ? Alors la comparaison grossière devient une ode à la nuance, à l’investigation. Le corps touché qui accède au corps sacré. Sacré parce que vivant. Je vous souhaite une journée de caresses.


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