• Marie Robert

Ceci est une histoire vraie



C’est sans doute l’un des plus beaux textes que je n’ai jamais lus. Nikos est encore un adolescent, il habite dans un joli quartier de Thessalonique et il aime passionnément Gioconda. Elle est belle, d’une douceur renversante, faite pour être aimée. Elle habite de l'autre côté du terrain vague où ils se réunissent avec leurs amis. Ensemble, ils s’égarent dans le bonheur, indifférents à la frénésie du monde. Nikos Kokantzi pourrait raconter un amour de vacances. Une étreinte de jeunesse. Celle qui fonde, qui chavire, et qui a le goût tendre de l’inoubliable. Sauf que nous sommes en 1943. Et que Giocanda est juive. Elle ne reviendra pas et mourra à Auschwitz. Pendant trente ans, l’auteur n’a pas pu ou n’a pas voulu mettre des mots sur ce qu’il avait vécu. Mais en 1975, à quarante-cinq ans, se disant que s’il mourait, elle mourrait avec lui une deuxième fois, il se mit à écrire. Son premier livre, le seul. Les pages s’enchaînent, brûlent, dévorent. Le réel se dérobe sous la douleur. Amour des âmes, amours des corps, paupières gelées sous le poids de l’histoire. Le rire, le chagrin, l’amour, tout ce qu’était Giocanda : « Giocanda doit rester vivante aussi longtemps que je vivrai – et plus longtemps que moi. Vivante ainsi que je l’ai connue, s’épanouissant sous mes regards, mes caresses, mes baisers ». Souvenons-nous de Gioconda.

1 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout