• Marie Robert

Ceci est une enquête.

Ceci est une enquête. Lundi matin. Les cartables sont prêts, les agendas remplis, les chemins tracés. Et pourtant, je peine à poser mon esprit. Je m’attache à l’air qui rentre dans mes narines, et qui me caresse de son va-et-vient, mais quelque chose à l’intérieur, refuse cette tranquillité, qui pourtant me serait sans doute bénéfique. Mes pensées se cabrent, et à la fluidité, elles préfèrent une certaine forme « d’inquiétude ». C’est étrange comme l’idée d’être « inquiet » nous est négatif. Est inquiet celui qui n’est pas serein, celui qui, projeté sans cesse en avant, ne parvient pas à avoir la juste gratitude qu’il faudrait accorder au présent. Est inquiet celui qui limite, celui qui vient gâcher la fête, celui qui voit que le rebord est chancelant et qu’il faut y faire attention si on veut ne pas provoquer d’accident. L’inquiet n’est souvent pas très fréquentable. Et pourtant, sans doute parce que c’est un état qui m’est familier, j’y vois de temps en temps, une forme de vertu ou du moins, un chemin possible. Car je crois que l’inquiétude est une manière de se souvenir que rien n’est acquis. Les inquiets ne sont pas des patriarches, fiers de leurs manies, immobiles dans leur pratique, assurés de leur place dans ce monde, et certains de leurs positions, même les plus intenables. Les inquiets sont sur le qui-vive, conscients que ce qui les lient aux autres et à l’existence peut se briser à chaque instant. L’inquiétude impose de regarder où l’on met ses pas et de faire preuve d’une écoute profonde. Les inquiets ne pensent pas « que tout va rouler » ou « que tout est dû ». Alors certes, l’inquiétude est souvent épuisante et j’aimerais régulièrement m’en débarrasser, mais de temps en temps, c’est aussi un cadeau, une façon de ne pas rester figé dans sa tour d’ivoire. L’inquiétude, dit Heidegger, c’est l’insécurité pour le soi, et c’est aussi de cette façon que l’on fait l’expérience du monde. Que se passerait-il si nous étions un peu plus inquiets pour nos couples ? Pour notre planète ? Pour notre santé ? Pour notre consommation ? Ne serait-ce pas également une voie pour en prendre soin ? Je vous souhaite la délicatesse de l’inquiétude. #Bonjour


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