• Marie Robert

Ceci est une direction.


« Et toi alors, le confinement ? ». La question s’accroche aux lèvres dans ce curieux été qui semble suspendu. On raconte, par bribes confuses, ce qu’ont été ces mois hagards, on détaille notre localisation, nos difficultés professionnelles ou familiales, nos nouveautés devenues habitudes, notre oisiveté chérie ou notre angoisse viscérale. On tente de dresser une juste cartographie de ce temps hors du monde, quoique si fortement lié à lui. Mais au fond, mesure-t-on réellement les traces laissées par ce singulier printemps ? Peut-on mettre en mots ce qui s’est réellement passé dans nos cœurs et dans nos corps ? Est-on en mesure de savoir à quelle profondeur se sont logés nos dénis, nos émotions, notre sidération ? Dans quel organe ? Dans quels songes ou quels cauchemars ? Il y a chez Jean-Paul Sartre l’idée que « toute conscience est conscience de quelques chose ». On vit parce qu’on se confronte. On est toujours « projeté » vers un extérieur et c’est cette expérience du monde qui nous permet de revenir à nous-mêmes. Impossible d’avoir conscience de soi sans avoir conscience des choses, des autres, de ce flux mouvant. Dès lors, il n’y a pas de bilan possible, pas d’arrêt sur image, pas de période isolée, mais bien un « projet » sans cesse en train de se construire. « Exister, c’est ek-sister (du grec ek : hors de), écrivait Heidegger : être jeté hors de soi. Il y a un « excédent d’être » au cœur de l’humain, une force de vie qui nous porte au-delà de nous-mêmes » dit Charles Pépin. Chez Sartre, cet « excédent d’être » nous conduit à l’engagement politique, à la révolte. Alors peut-être que nous pourrions changer de question et demander à ceux que l’on croise : « Et toi dans quoi te jettes-tu ? ». Qu’importe la réponse pourvue qu’elle nous emmène au-devant de nous-mêmes, dans le joyeux vertige du monde. Je vous souhaite une journée où vous apprenez à danser dans le vide.

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