• Marie Robert

Ceci est une crête



Sur laquelle on chemine. Hier, en courant, j’écoutais comme souvent un podcast. Cette fois-ci l’élu de mes efforts était « La leçon », une série d’épisodes sur le précieux sujet de l’échec. Le principe est simple : l’invité raconte le moment où il a trébuché et ce qu’il en a fait. Plus que du pathos, il est question de saisir pourquoi échouer peut-être fécond. Souvent, c’est la sphère professionnelle qui est mise à l’honneur, comme si l’intimité était trop crue ou trop taboue pour être soumise à ce curieux examen de nos tentatives. Mais ici, dans cette écoute, c’était bien la chair qui était au centre. La vérité toute nue, celle d’Aurélie Saada. De sa voix langoureuse, elle offrait le récit de ces deux fausses couches tardives. Un désir non assouvi. Le regard questionnant. L’appropriation des autres. La frustration de ce sang, tous les mois, dans ses sous-vêtements. Les consolations inaudibles et creuses. Et puis… Tout le reste. C’est-à-dire, la résilience. Et l’écriture comme medium. « Je crie et j’écris ». Oser dire ce qui est dur. Ce qui démange. Ce qu’on a envie d’hurler. Ce qui bouleverse. Ce qui est insupportable. Le vif du sujet pour le vif du cœur. Aller à l'extrémité du gouffre, sans drame, mais avec résolution. La seule manière sans doute de surprendre et de se surprendre. La fertilité du verbe. L’art salvateur. Comme une marche sur un fil. Le long d'une crête. Un pas, puis un autre, puis encore un autre. Tout devient plus net, on entend sa propre respiration ; on ne désire qu'une chose : continuer, continuer le plus longtemps possible, suivre en dansant cette ligne dont on ne sait pas où elle va parce que sur cette ligne on se sent, enfin, vivant. Merci pour Aurelie Saada et la leçon podcast.

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