• Marie Robert

Ceci est une couverture de survie.


Ceci est une couverture de survie. La semaine dernière j’ai été invitée à une cérémonie arménienne à Marseille. Il y a toujours quelque chose d’excitant quand on se retrouve plongée dans une culture différente de la sienne. Car il s’agit d’accepter un instant au moins d’adopter d’autres codes, d’autres manières de danser, de manger, d’écouter. C’est une chance inouïe que d’avoir l’opportunité de quitter son centre pour explorer d’autres appuis. J’ai une certaine facilité à me fondre parmi ces familles, ce qui n’est pas très ardu au regard de leur accueil qui est d’une générosité extraordinaire. Quelque chose de leur mélancolie et de leur joie de vivre correspond à ma gamme émotionnelle. Ce « coûte que coûte », qui s’exprime dans la danse, dans les rires, dans la musique trop forte, me bouleverse. A un moment de la soirée, j’ai demandé à l’un des membres de m’expliquer d’où venait cette ardeur, cette folie de vie, cette fougue qui fait battre des mains, des pieds et qui jaillit dans les cœurs. En remontant les manches de sa chemise et en tirant une longue bouffée sur son cigarillo, il m’a répondu qu’il avait déjà tout perdu alors qu’il ne restait plus qu’à vivre. Il avait quitté son pays, il y a trente ans pour travailler comme un damné, et surtout, il y a quelques années, il avait perdu sa fille alors qu’elle était encore enfant. Les yeux brillants de courage, il se mit à déclarer : « Je sais ce qu’est l’enfer. Je le vis au quotidien. On ne se remet pas de ça. La mort sera sans doute un soulagement. Mais tu sais, en attendant il faut vivre. Vivre très fort. Vivre pour ceux qui ne peuvent plus le faire. Il faut vivre et arrêtez d’avoir peur. Car rien n’est grave à part perdre des gens qu’on aime. Tu veux que je t’explique comment je prends une décision ? Bah je fonce. Voilà tout. Je ne laisse pas le choix. Je me dis que « ça passe ou ça passe ». Il n’y a pas d’autres solutions ». Le ciel était encore clair, comme il peut l’être dans les longues soirées d’été en Méditerranée. Des enfants passaient entre les chaises. Des femmes, habillées de paillettes, ondulaient des bras. Ça passe ou ça passe. Comme la vie. Je vous souhaite de vivre très fort. #Bonjour

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