• Marie Robert

Ceci est une couverture.


C’est curieux de constater combien les conversations quotidiennes nous habillent, souvent bien plus que nos vêtements. Les mots s’enroulent autour de nous, nous protègent, nous donnent une carrure, un semblant de prestance. « Ah ça va bien ? Et les enfants alors ? Pas trop dure la reprise ? Dis donc, il faisait plus beau en confinement ! ». Les formules se succèdent commede jolis accessoires, offrant de la fluidité à nos relations. Plus encore qu’une politesse et bien autre chose que de l’indifférence, c’est le plaisir réconfortant de jouer une scène dont chacun d’entre nous connait les répliques. Un va et vient aimable, un bilan sans conséquence, un bavardage sans engagement. Il y a quelque chose de tendre dans ces liens, la précieuse mélodie du vivre ensemble, cette banalité chérie signe que la vie ne court pas vers son risque. Et pourtant, parfois on aimerait un coup de théâtre, une secousse inattendue, le rebond qui dérègle les cadences. On souhaiterait avoir l’audace ou peut-être l’impudeur, de déshabiller l’autre et d’improviser son texte : « Dis comment va ton cœur ? Comment va ta rage ? Tu ne veux pas raconter ce qui se loge là, ici, dans l’ombre de ton iris, dans le battement de ta paupière, dans ta main qui refuse d’être tranquille ? Quelle est cette douleur que tu portes ? Quel est cet amour qui t’éclaire ? ». On se tait. Mais on voudrait être capable d’assurer à l’autre que sa nudité ne nous choquerait pas, qu’on en prendrait soin, que nos deux humanités se feraient face et que la vie continuerait sa trajectoire. Peut-être faudrait-il parfois franchir le seuil de nos implicites. Ouvrir cet espace de dialogue, pour ensuite le refermer et enfiler de nouveau, nos costumes si bien taillés. « J’aime beaucoup les étincelles des courts-circuits, les immeubles qui tombent, les gens qui glissent ou qui s’envolent, bref les sursauts. Ces petits moments délicieux qui nous disent que le monde n’est pas définitivement prévu et qu’il existe encore quelques endroits où la réalité ne nous a pas refermé ses portes sur la tête » - Ribes. Je vous souhaite une journée où les mots ressemblent aux tenues que vous souhaitez porter.

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