• Marie Robert

Ceci est une chrysalide.


C’est fou, le nombre de listes qu’on peut faire, la somme de prévisions, d’organisation, de projections, qui rythment nos existences. Tous ces instants notés en rouge dans l’agenda, ces dîners de longues dates, et autres rendez-vous dont on remplit nos jours. Autant de remparts que l’on érige face au chaos du monde et qui nous préservent de ce néant terrorisant, de cette crainte de nous voir nu, dépourvu de ces attaches guidant nos heures à venir. Et puis soudain, tout fout le camp. L’agenda se brouille, les plans tombent à l’eau, le réel se cabre. Plus de bouée à laquelle s’arrimer. On panique, on soupire, on s’offusque contre ces imprévus qui nous narguent. Quel est ce destin qui a l’audace de ne pas nous écouter ? Pourtant, c’est ici, dans ce pénible capharnaüm, que se dévoile nos capacités d’adaptation, et sans doute nos talents de métamorphose. C’est quand le cadre se brise, que l’on parvient à aiguiser nos évidences. La vertu des crises est de nous forcer à explorer d’autres contours qui, peut-être, deviendrons des incontournables. « Tous les êtres vivants ont cette capacité de durcir leur peau afin de s’aménager un petit monde, au sein duquel se détruit l’ancien et s’invente le nouveau. Pensez à ces mouvements psychologiques de retrait, quand nous n’allons pas bien : c’est une fermeture sur soi temporaire, où nous sécrétons une manière d’être inédite pour mieux reprendre pied dans l’existence » écrit Emmanuel Coccia. Le désordre n’est pas un déficit, encore moins une défaillance, c’est un terreau créateur, qui nous rappelle que rien n’est jamais figé et qu’une organisation n’est qu’une hypothèse adressée au vivant. Je vous souhaite une journée de bordel, puisse-t-il être joyeux.

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