• Marie Robert

Ceci est une chorégraphie.


Ceci est une chorégraphie. Je le regarde agiter ses petits pieds devant moi. Il y a du monde tout autour, des passants passent devant lui sans y prêter attention, et ses parents, occupés, sont eux-mêmes étrangers à sa situation. Mais lui a entendu les notes de musique que l’on perçoit en fond sonore, et plus la cadence s’accélère, plus ses jambes se cabrent, plus ses cuisses potelées remontent vers le ciel. Qu’importe l’attache de la poussette qui contraint ses mouvements, du haut de ses 9 mois d’existence, ce bébé danse, indifférent au reste. La scène m’émeut. Elle est comme un appel, comme un signe posé là face à moi, face à nous, face à notre gravité. Je me souviens des boums que l’on faisait le vendredi après-midi avant les vacances lorsqu’on était en primaire. Le plaisir ne résidait pas dans autre chose que de sautiller ensemble, que de faire fusionner nos rires dans un même élan. Danser. Laisser notre grâce animale dicter nos pas. Mais qu’est-ce que la danse ? C’est à la fois de l’art, du sport, une activité, une contemplation, une chorégraphie, l’incarnation d’une idée, la suspension du temps, un plaisir, un moment de complicité. Elle se décline selon mille variations, dans nos salons, sur scène, sous la douche, en studio ou en boite de nuit. Il y a un texte de Paul Valéry que j’aime beaucoup. C’est sa Philosophie de la danse, publiée en 1936, dans laquelle il explique que l’envie de danser naît d’un besoin presque physiologique. Notre corps engourdi par le quotidien et les tracas réclame cette mise en rythme, il refuse sa destinée statistique, renonce à la rigidité. Il faut dépenser ce trop-plein, faire monter la fièvre. Nous avons, dit Paul Valéry, « plus de vigueur, plus de souplesse, plus de possibilités articulaires et musculaires » que ce qui serait nécessaire à notre survie. Mais que faisons-nous de cette vie excédentaire ? Dans quoi la mettons-nous ? Comment dans une journée habituelle arrivons-nous à sentir cette force, cette puissance, ce vivant ? Comment brûlons-nous d’ivresse ? « Laissez-moi danser, Laissez-moi, Laissez-moi chanter, danser en liberté, tout l’été ». Je vous souhaite de mettre la musique bien fort. #Bonjour

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