• Marie Robert

Ceci est une chanson douce.


Ceci est une chanson douce. Il y a plusieurs mois, en écrivant, mon livre, Les chemins du possible, je me suis aperçue d’une chose, c’est qu’un des thèmes que je préférais explorer était celui des émotions fortes. Si fortes qu’on a peur de ne pas y survivre. J’avais écrit ces mots comme pour conjurer le sort : « J’ai tellement peur de mes émotions que j’aimerais maîtriser les choses avant de les vivre. À défaut, je dois construire un cadre familier pour les supporter, apprivoiser la réalité pour la traverser. Ça a toujours été le cas, même dans mes multiples voyages, je ritualise pour ne pas être débordée, pour ne pas entendre mon cœur s’emballer. Je reproduis des gestes quotidiens. Je me construis mes repères pour ne pas être submergée, pour ne pas m’évanouir. C’est sans doute pour cela que j’aime les Mille et une Nuits, Shéhérazade nous emmène à travers les mers et les récits les plus étranges, mais quoi qu’il arrive, chaque matin, elle répète, quasiment à l’identique : « Sire, le jour commence à paraître », demandant l’autorisation implicite de poursuivre le lendemain. La fureur de ses histoires trouve un répit, dans la structure fixe et immuable de la nuit et du jour. Shéhérazade change elle aussi, mais il y a un cadre qui lui permet de retrouver ses appuis, comme celui de la bicyclette dont la fixité autorise le mouvement des roues. Le problème de la mort d’un amour, ou de la naissance d’un enfant, est qu’en y étant confronté, il n’y a plus aucun repère, même la nuit et le jour se brouillent. Les émotions sont trop intenses, trop fortes, on n’est plus à l’abri, et aucun entraînement ne nous protège de la déflagration. C’est l’intensité ultime. Le trou noir. La faille spatio-temporelle. Ce n’est pas une question de malheur ou de bonheur, c’est accepter la plus foudroyante des énigmes. Pourquoi vit-on ? Pourquoi meurt-on ? ». Ce qui m’apaise, c’est de savoir que derrière nos profils digitalisés nous sommes nombreux à partager ces craintes, que les déflagrations deviennent une sorte de berceuse qui nous rappelle que nous sommes tous, simplement, humains. Je vous souhaite une journée où la peur cède place à la douceur. #Bonjour@therealpeterlindbergh

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