• Marie Robert

Ceci est une chance.


Ceci est une chance. On ne le souhaite à personne et pourtant c’est une précieuse faculté humaine, peut-être même l’une de nos ressources les plus puissantes, efficaces et apaisantes. Ce pouvoir, ce sont les larmes. Celles qui coulent toutes seules lorsqu’on est au bout de l’épuisement, celles au cinéma quand l’émotion dévore tout notre corps, celles du gros sanglot où l’on bafouille en reniflant, celles qui lavent le regard de toute sa mélancolie. Les larmes sont un cadeau que l’on s’octroie, la possibilité de ne pas se figer, mais de lâcher les vannes. L’opportunité de chialer, de geindre, de bramer, de gémir, d’être « autre » qu’une enveloppe anesthésiée, qu’un consommable docile et sage. Il y a du panache dans les larmes, elles soutiennent l’élégance de l’échec, de la frustration, de la peine, elles font honneur au chagrin, à la douleur, à l’anxiété. Elles sont ce luxe, qui autorise à dire que « ça » compte, que c’est important, que c’est déchirant. L’Antiquité nous montre que les pleurs confèrent aux héros leur étoffe. Achille et Ulysse ont leurs larmes en commun. Ils sont pleins de tourments et de fêlures, et c’est cette faillibilité qui fait toute la teneur du véritable héros. Dans Les Larmes d’Achille, Hélène Monsacré insiste sur l’importance capitale des pleurs au sein des récits homériques, comme le processus qui montre l’importance du personnage : « Loin d’être un simple signe de faiblesse, pleurer, chez Homère, qualifie encore un peu plus le héros au maximum de sa vaillance ». Achille, icône de la démesure, pleure intensément, et fait de ce torrent salé l’incarnation de sa volonté guerrière. Ulysse, le voyageur, pleure surtout discrètement, en repli, balayé par la nostalgie. Impérieux besoin de se laisser traverser par ce qui vient. Pleurer n’est pas l’expression d’une vulnérabilité, c’est la marque d’une force. Un enjeu pour celui qui fait du réel et de ses méandres, une terre d’exploration, un espace où l’on veut que quelque chose réussisse et se passe, le lieu de nos constructions, de nos projets, de nos ambitions, qui ne peuvent faire l’économie des larmes. Je vous souhaite une journée d’héroïsme au goût salé. #Bonjour Credit : Maud Fernhout.

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