• Marie Robert

Ceci est une chance à saisir.

Ceci est une chance à saisir. C’est fou ce qu’on a peur du ridicule tout au long de notre vie. Je me souviens à l’adolescence de toutes les hontes possibles qu’on essayait d’éviter. On a beau avoir grandi, je n’ai pas la sensation que notre crainte du malaise s’apaise réellement une fois devenu adulte. On a si souvent peur de paraitre idiot, de ne pas être dans le ton, de balancer une réplique inappropriée, de ne pas avoir la bonne référence, de faire un lapsus, d’être mal habillé, d’en faire trop, de ne pas contrôler notre corps, d’être ringard, et finalement, d’être celui qui, dans l’assemblée, est mis à l’écart. Pourtant, pragmatiquement, un individu ridicule est celui qui se remarque, précisément parce qu’il devient la risée de ceux qui le regarde. C’est celui qui, par son attitude décalée, provoque des moqueries. Mais ce qui me questionne, c’est de comprendre pourquoi nous craignons tant d’être ce malhabile, ce maladroit, cet « autre » qui ne parvient pas à produire ce qu’on attend de lui. Pourquoi préférons-nous être celui qui s’efface, pris dans le flot de la norme ? Car au fond ce qui provoque le rire, c’est l’expression d’une différence, et cette différence est aussi une source, d’où jaillit la création, la nouveauté, la capacité à ne pas plier, à innover, et peut-être même à résister. Ce sont les circonstances, les époques, les contextes culturels qui décident de ce qui est ridicule ou non, et qui en font une donnée mouvante, soumise à l’air du temps. Il y a donc toujours quelque chose de subjectif qui se joue dans ces scènes. Les rires sont certes pénibles à traverser lorsqu’on les subit, pourtant ils sont aussi la marque de notre audace et de notre précieuse singularité. Pour Kant, « il faut qu’il y ait quelque chose d’absurde en tout ce qui doit provoquer un rire vivant et éclatant », et c’est bien de cela qu’il s’agit. Être ridicule, c’est être vivant, c’est oublier de calculer, pour simplement éprouver, tenter, essayer. Et c’est peut-être la clé de nos triomphes à venir. « Dans la vie tout est mélangé, le profond et l’insignifiant, le sublime et le ridicule » - Tchekhov. Je vous souhaite de célébrer vos plus grandes hontes et vos ratés. #Bonjour





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