• Marie Robert

Ceci est une chambre avec vue.


Ceci est une chambre avec vue. « Y a-t-il assez de vie dans ma vie ? ». Je lis cette phrase de Delphine Horvilleur sur le coin d’un journal. Et tout d’un coup, c’est comme si ses mots n’avaient pas d’autre choix que de devenir les miens. Y a-t-il assez de vie dans ma vie ? Presque 36 ans que je me pose implicitement cette question, et qu’à chaque angoisse, elle ressurgit. Peut-être que c’est ce qui me pousse à réfléchir ici, chaque matin. Car finalement, l’interrogation revêt encore plus de pertinence, lorsqu’elle est au pluriel. Y a-t-il assez de vie dans nos vies ? Voilà un an que nous sommes en demi-teinte, que nous oscillons entre peur, lassitude, découragement, incompréhension, et déraison. Où est passé notre désir ? Où est passé ce surplus d’existence qui nous pousse à aller au-delà des collines de la médiocrité ? Je refuse cette narration de la déchéance, ces renoncements du quotidien, cette perte de hauteur. Il y a longtemps je suis allée à un enterrement dans un crématorium, un écran diffusait des images du défunt, jusqu’à ce moment incongru, où un message est apparu sur le téléviseur : « no signal input ». Plus de signal, le néant, chronique d’une fin irrémédiable. Que faire en attendant si ce n’est vivre très fort ? Traverser tous les échelons de l’échelle émotionnelle. S’enivrer de bruits, d’amour, de goûts, de chair, de beauté. Et aussi d’envies, pas celles qui nous rapetissent de jalousie, mais celles qui nous élèvent et s’infiltrent dans notre motivation. Ce n’est pas une ode au chaos, c’est une ode aux palpitations. Bien sûr qu'on peut avoir une vie sereine, pourtant sa quête ne doit pas nous limiter, et ne doit pas nous n’empêcher de laisser le désir grandir à chaque instant. Il faut de la pensée et de l’amour pour vivre grand. Je sais que je finirai dans un cercueil, au-dessus duquel sera écrit « no signal input », mais en attendant, je veux le panache d’une chambre avec vue, et que les soirs de fatigue soient aussi des soirs de fête. « L'importance de l'équilibre, c'est que rien ne bouge. La beauté de l'équilibre, c'est qu'il suffit d'un souffle pour tout faire bouger » - Gracq. Je vous souhaite une journée vivante. #Bonjour#Matin#Morning

111 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

©2020 par Philosophy is sexy.