• Marie Robert

Ceci est une carte postale.


Ceci est une carte postale. Il y a cette question que je pose en permanence, comme si l’interrogation valait plus la peine que la somme de ses réponses : « à quoi appartient-on ? ». A quels lieux, à quels milieux, à quels rituels, à quelles coutumes, à quelles tendances, à quelles familles, à quels empêchements ? Qu’est-ce qui nous ancre dans le monde ? Quels sont nos repères ? La semaine dernière, un jeune adolescent m’a demandé de lui décrire ma génération. J’ai souri, comme s’il s’agissait d’un continent englouti. Mais avant de bafouiller quelques bribes d’anecdotes confuses, je me suis justement demandée à quelle époque j’appartenais. J’ai grandi dans un monde où les gens fumaient des cigarettes les fenêtres fermées. Où le digital était un truc qui pouvait ramener E.T chez lui. Où Jeanne rencontrait Serge à des matchs de volley-ball. Un monde où l’on prenait des Fluocaril pour avoir de belles dents et du Nopron pour laisser tranquilles nos parents. J’ai passé mon adolescence dans un univers pourvu de cartes téléphoniques. Où l’on défilait contre l’extrême-droite. Et où l’on payait des chocolats chauds avec des pièces de 10 francs. J’ai écouté les Spice Girls. Sorti les briquets pour la boulette. Su que demain était loin. Et délaissé Manu Tchao pour les Daft Punk. J’ai vu mes résultats sur Minitel. Déposé des dossiers papiers dans les Universités. Vécu les réformes européennes. Et pris des pass interrails pour les vacances d’été. Je suis devenue adulte dans un monde de sidérations et d’attentats, ceux que l’on vit dans sa chair et qu’on n’oublie pas. Voilà peut-être à quoi j’appartiens, à cet Atlantide qui était mieux autant que pire, à cette nostalgie qui voulait aller de l’avant. Et maintenant ? Que faisons-nous de nos époques ? La mienne, la nôtre, les vôtres ? Sommes-nous condamnés à errer dans notre passé ? Je ne crois pas, je veux appartenir à la suite. A une génération qui construit au lieu de juger, qui répare au lieu de condamner, qui affronte au lieu de se dédouaner. Je veux des repères dont je n’aurais jamais à avoir honte. Je veux appartenir à une génération capable d’amour. Je vous souhaite de soigner vos appartenances. #Bonjour

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