• Marie Robert

Ceci est une carte postale.


Ceci est une carte postale. Ce matin, en me réveillant, je me suis dit que quelque chose était étrange dans la pièce, mais je ne savais pas tout à fait le définir. J’ai regardé autour de moi sans parvenir à saisir une quelconque différence avec la veille. Et puis tout d’un coup, j’ai compris. Il n’y avait pas de bordel, ni de monstre sous le lit, ni de rideau décroché, il y avait juste un immense silence. Un silence absolu. Je suis un être de la ville. J’ai grandi au-dessus d’une fenêtre où passait des dizaines de fois par jour le Bus 38 et son bruit d’accélérateur répondant à celui du store de la pharmacie. A Marseille aussi, les klaxons font partie de mon quotidien. J’aime le bruit qui me raconte une histoire, qui me rend partie prenante de ce curieux magma qu’est le monde. Et pourtant ce matin, je suis émue par ce silence. Et je ressens comme un immense soulagement. Le silence est l’origine et la finalité de toute parole. Ce n’est pas seulement l’absence de bruit, c’est le son que produit la matière lorsqu’on la laisse au repos, lorsqu’on ne l’use pas, lorsqu’on ne la consomme pas. On tend l’oreille et soudain, une autre dimension se dresse devant nous. Et voici pourquoi on associe souvent le silence à la nuit, parce qu’elle lui offre toute son amplitude. Le jour dissout les ombres et leur épaisseur ouatée : « Quand le silence fait alliance avec la nuit, on dé-couvre que la pureté du silence se décompose paradoxalement en une multitude de craquements légers ; ces craquements ne rompent pas le silence, mais le rendent au contraire plus silencieux, de même que les étoiles, loin de blanchir le ciel nocturne, rendent la nuit plus profonde et plus noire. » écrit Jankélévitch. Comment honorer le silence ? Peut-être en cessant de parler à sa place. En regardant non pas ailleurs, mais autrement. Contre la tentation de remplir le vide, l’exercice de la philosophie consiste, à garder le silence, c’est-à-dire à écouter le monde sans lui chercher un sens. « C’est du silence que sont extraits les mots, écrit Henry Miller, et c’est au silence qu’ils retournent si on en fait bon usage. ». Je vous souhaite une immense paix autour de vous. #Bonjour

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