• Marie Robert

Ceci est une carte du tendre.


Ceci est une carte du tendre. Demain ont lieu des élections, et à chaque fois qu’il s’agit d’aller dans l’isoloir, le rituel est le même, il est question pour moi de retourner dans mon école maternelle, de revoir ces espaces qui me semblaient immenses, et de retrouver, enfouis dans des couches de stimuli et d’expériences, des bribes de l’enfant que j’étais alors. Je me souviens que la cour était un espace infini. Je me souviens que je voulais rester avec mes parents et mon frère. Je me souviens que j’avais peur de ne pas saisir les consignes, et plus encore, peur de mal faire. Je me souviens que ma maîtresse s’appelait Marie et que j’avais des cols roulés Petit Bateau de plusieurs couleurs. Je me souviens surtout d’avoir déposé dans ce lieu des centaines de mots, de pensées, d’émotions, d’apprentissages. Au fond, je crois, qu’on pourrait cartographier nos existences à partir des lieux qui les ont composés. Comment faire semblant d’ignorer les adresses où nous avons aimé, pleuré, trahi, menti, joué, ri ? Comment effacer les lieux qui nous ont élevés, portés, accueillis ? Des fragments de notre identité sont accrochés partout dans les décors que sont nos rues, nos chambres, nos villages, nos stations-services, nos champs, nos couloirs. L’endroit où il garait son scooter, l’endroit où nous achetions les fruits et les légumes, l’endroit où j’avais fait tomber mon téléphone, l’endroit où les larmes ne pouvaient plus se cacher...etc. La liste de nos « endroits » est infinie, montrant que nos vies appartiennent avant tout à des territoires. Elles se confondent avec eux, formant une bouleversante géographie du cœur. Se constituer son chez-soi, c’est investir un lieu et y faire habiter son corps, y faire habiter son âme, et créer un peu partout, de singuliers repères pour notre mémoire. Je vous souhaite de vous souvenir de vos pas. #Bonjour

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