• Marie Robert

Ceci est une caresse.

Ceci est une caresse. « Prends soin de toi », c’est curieux comme cette formule est venue habiller bons nombres de nos messages depuis quelques années maintenant. Nos mails et nos textos s’achèvent sur cette curieuse invitation, comme un rappel, comme une urgente nécessité. Parfois, elle est inscrite presque machinalement, énième parole galvaudée qu’on écrit sans en mesurer le contenu. D’autres fois, elle est sincère et marque la volonté profonde de faire attention à l’autre, comme une façon de lui témoigner notre considération. Mais quelle que soit la manière dont le propos est lancé, une énigme demeure, qu’est-ce que ça signifie « prendre soin de soi » ? Et plus encore, qu’est-ce que cela suppose de le demander à l’autre ? Dans un article sur ce thème, Francis Métivier pose une question qui m’a bouleversée : « Si je me soucie tant d’autrui, pourquoi alors est-ce que je ne reste pas près de lui pour en prendre soin ? ». Car paradoxalement, c’est toujours au moment où je quitte l’autre que je l’incite à se prendre en charge, que je le rends responsable de sa personne, de sa sécurité, de sa consolation, de son repos. Bien sûr qu’en tant qu’adulte nous sommes notre propre garant. Nous nous lavons, nous nous habillons, nous décidons de nos repas, de nos activités, et de la gestion de notre sommeil. Nous sommes les seuls à pouvoir mesurer notre degré de résistance ou d’éreintement, la teneur de notre souffrance ou de notre plaisir, et il serait bien présomptueux de prétendre « savoir » ce qui est bon pour notre voisin. Epictète lui-même, explique combien le souci de soi est fondamental et inaliénable : « Exerce-toi à te conduire en malade, pour te conduire un jour en homme sain ». C’est en prenant soin de nous que nous devenons disponibles pour les autres. Pour autant, sommes-nous toujours aptes à le faire ? Est-ce que la pudeur, l’éreintement, la honte, la détresse, l’isolement, la vulnérabilité, ne sont pas des écueils qui nous en empêchent ? Prenons soin de nous-mêmes, mais n’oublions jamais la puissance d’une caresse sur nos mains blessées. Je nous souhaite de prendre soin de nous. #Bonjour


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