• Marie Robert

Ceci est une caresse.


Hier, ces quelques mots au hasard d’une conversation : « Quand on aime, on ne lâche pas ». Une phrase comme une autre, une injonction à la détermination, une de ces formules qui la plupart temps attirent ma méfiance. Et pourtant à l’instant même où je les entends, les mots percutent mon oreille, l’émotion envahit chaque parcelle de mon épiderme et mes pupilles s’emplissent d’eau salée. Aimer et ne jamais renoncer. Deux piliers. Deux montagnes à gravir sans relâche. Quand on aime, on trébuche, on tente, on craque, on désespère, mais on ne lâche pas. Une étrange simplicité, une évidence métaphysique. Les images se succèdent. Le travail, le couple, les enfants, les projets, les désirs. Combien de fois a-t-il fallu tenir bon ? Serrer les dents. Serrer le cœur. Puiser dans les dernières ressources. Combien de fois le ciel est tombé sur nos têtes ? Les paupières gonflées de chagrin, le dos courbé de fatigue, le mental en fuite, fatigué d’une lutte qui ne semble vouée qu’à la perte, on s’apprête à abandonner. Se laisser glisser, au-delà des difficultés, des tensions, des nuits sans sommeil, des disputes. Et puis, comme une main se posant tendrement sur notre avant-bras, notre mémoire se fraye un chemin entre deux pensées de découragement. L’esprit nous replonge dans le terreau de nos espérances, dans la genèse de nos enchantements. Et soudain, la rage au ventre, on se redresse, on se laisse envahir par la puissance de l’amour. Qui ne facilite rien, mais qui justifie tout. On ne lâche pas. Ce n’est ni l’ego qui nous guide, ni l’orgueil, ni l’envie farouche de triompher, c’est l’amour comme un instinct premier, insubmersible. « Il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu'il y en a, il faut les dire, jusqu'à ce qu'ils me trouvent. » - Samuel Beckett, L'innommable. Je vous souhaite une journée où votre amour ne lâche rien.

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