• Marie Robert

Ceci est une audace nécessaire



L’autre jour quelqu’un m’a demandé quel était le chapitre de mon livre que je préférais. Ce genre de question me met toujours un peu mal à l’aise, l’impression sans doute que la réponse ne peut être que narcissique ou faussement modeste. Mais à force d’insister, j’ai fini par avouer à mon interlocuteur que ma situation favorite était celle sur la timidité sans doute parce que c’est l’une des plus universelles. Après tout, qui ne s’est pas déjà retrouvé paralysé face à un amour, un collègue, une assemblée ? Ricanant de gêne ou au bord des larmes ? Qu’est-ce qui se joue dans cette rougeur soudaine et ce gloussement niais ? Dans cette immobilité de la parole, et parfois même du corps ? C’est par ces questions inhabituelles pour un philosophe que Paul Valery nous prend par la main. Pour lui, la timidité est un manque d’audace, qui n’est pas lié à de la lâcheté, mais s’explique par un surplus de savoir.

En fait, la timidité est une manière de se projeter, de visualiser tous les risques, d’imaginer les gens se moquer de notre voix pendant notre présentation, ou d’envisager que l’homme de nos rêves puisse nous ignorer au lieu de nous rendre notre baiser. Ces projections négatives ne sont pas totalement absurdes, elles sont basées sur une analyse des situations et de la nature humaine. Elles sont une façon de percevoir un panel de possibles. Mais alors que faire pour ne pas se laisser happer par la panique ? Valéry nous offre, sous forme de constat, un fabuleux levier pour remédier à nos craintes : « Que de choses il faut ignorer pour agir ! ». Voilà la clé : oser ignorer ! Connaître le risque pour mieux l’évincer. Être timide, c’est souvent s’apercevoir que les regrets sont beaucoup plus douloureux que les dangers. Rappelons nous : « Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre... ». Faisons de notre timidité le socle de nos actions.

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