• Marie Robert

Ceci est une allumette.


Ceci est une allumette. J’ai la sensation oppressante que l’anxiété rôde dans tous les interstices de notre vie. L’impression, que partout où l’on regarde le monde courre à sa perte. Mardi matin, à l’aube, je faisais un trajet dans un taxi, la radio compensait nos silences. A chaque respiration une décharge de noirceur venait emplir l’habitacle d’une symphonie funeste. Mélodie obsédante pour une civilisation malade et violente. J’ai senti mon corps se rétracter au fil des kilomètres, ma tête se compresser sous le poids de nos dérives. Je suis sortie du véhicule, pétrifiée par une étrange terreur, par l’angoisse d’être spectatrice d’une scène dans laquelle je n’avais plus aucun rôle à jouer. Je sais combien la lucidité est le premier levier de l’action, combien la gravité est le moteur de nos réactions, mais est-ce être lucide que de ne regarder que nos gouffres sans prendre la peine de lever les yeux ? Est-ce ainsi que nous allons chasser les ombres ? Dans quelle direction décidons-nous de regarder ? J’ai une rage intense à l’idée de la misère, de la faim et du froid, qui encerclent certaines existences. Je suis terrorisée à l’idée de ce que nous allons laisser aux générations futures. Et je crois fermement que le déni est une irresponsabilité indécente. Et pourtant, j’ai la conviction que nous avons besoin d’élan, d’un élan suffisamment porteur pour nous donner envie d’agir, de bâtir, de construire, d’aider, de rassurer, de changer. Notre ardeur cherche une étincelle pour se raviver, plus nous observerons des projets porteurs, plus nous donnerons naissance à notre enthousiasme, plus nous créerons des vagues d’engagement. Ce n’est pas fuir la réalité, c’est la contempler dans son amplitude. J’ai envie qu’on se transmette ce qui nous émeut, ce qui nous porte. J’ai envie de vous raconter par exemple, que la semaine dernière, Anis, un de nos élèves, qui est autiste, a lu ses premières lettres alors que personne n’y croyait il y a quelques années. J’ai envie qu’on s’attarde sur nos progrès et nos efforts. Il va en falloir du courage et de l’espoir pour retrousser nos manches et adoucir ce monde. Alors je vous souhaite d’allumer le feu. #Bonjour

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