• Marie Robert

Ceci est une alchimie



« Tu les trouves jolis, mes pieds ? -Oui, très ! - Et mes chevilles, tu les aimes ? – Oui… – Et mes seins, tu les aimes ? », inoubliable grammaire amoureuse que celle de Bardot et de Piccoli dans Le Mépris de Godard. La beauté. Un seul mot pour dire tout et son contraire. Le corps décrit, le corps aimé, le corps hiérarchisé. L’âme et ses formes. La tyrannie et la liberté. Longtemps, les canons de beauté artistiques ont déterminé un idéal commun. L’éphèbe chez les Grecs, la Vierge du Moyen Âge, la Vénus de la Renaissance, la garçonne du début du siècle ou les stars des années 1950. Qu’en est-il aujourd’hui ? Des formes de Beyoncé au regard félin de Lily-Rose Depp, de la nonchalance de Vincent Lacoste à l’élégance de George Clooney, des profils exsangues de certains podiums à ceux hilares de chez Jacquemus, il ne s’agit plus d’incarner un idéal, mais d’affirmer une singularité. Mais derrière ce prétendu pluralisme, et ces odes au body positive, se dissimule un conformisme d’autant plus insidieux qu’il est souvent silencieux ou déguisé. Car soyons honnêtes, l’empire des normes a-t-il réellement disparu ? Minceur, forme, jeunesse, sont-ils seulement des termes parmi d’autres ou des graals à conquérir ? En 2019, Bardot aurait-elle suffisamment confiance en elle pour ne plus poser la question ? Pouvons-nous nous détacher de l’approbation ? Pas si sûr. Au cœur de la beauté se joue une rencontre entre la chair et l’esprit qui demande un apprentissage patient. Se trouver beau, quel défi ! Un véritable labyrinthe qui nécessite de penser plus que de consommer. Charnelle, affective, spirituelle...trois dimensions qui composent la grande alchimie de la beauté. L’apprivoiser, c’est donner une place à chacune, les distinguer, et surtout, les réconcilier, pour ne pas rester passif face à d’illusoires diktats ou d’hypocrites injonctions d’acceptation. Bref. Espérons que nos futures Bardot diront : «- Et la philo ? Tu l’aimes ma philo ».

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