• Marie Robert

Ceci est une adresse au ciel.


Ceci est une adresse au ciel. Ce matin, mes doigts n’arrivent pas à trouver leur rythme sur mon clavier. Chaque lettre pèse le poids du monde. Comment tisser une quelconque poésie quand d’autres sont projetés dans les abîmes ? Comment prétendre au triomphe de la raison quand l’insensé dévore ? Comment être juste lorsqu’on fait face à l’indicible ? N’est-ce pas absurde de continuer à écrire une vaine mélodie dans l’obscurité ? L’intimité a-t-elle encore sa place quand le collectif est broyé ? Comment dire et soutenir sans ajouter au brouhaha permanent ? Peut-on afficher une esthétique élégante et raffinée alors que le feu ravage ? Je suis, comme beaucoup sans doute, incroyablement démunie depuis plusieurs heures. Maladroite, malhabile, nauséeuse, incapable d’agencer un quelconque raisonnement, ni de me raccrocher au confort rassurant d’une logique géopolitique. Alors que faire ? Je me souviens que durant mon année de CE1 avait lieu le siège ravageant de Sarajevo. Nous avions appris des chansons pour la paix qui me paraissaient si décalées par rapport aux visions d’horreur du journal télévisé. Et pourtant vingt ans après, j’en connais encore les refrains, comme si leur naïveté avait infusé en moi, comme si par une étrange imprégnation, ils avaient rendu cet horizon pacifiste possible. Nous ne sommes à l’abri de rien, nous sommes fragiles et nus, soumis à des décisions qui nous échappent. Mais nous avons un triple pouvoir : celui d’aimer plus que tout et de renoncer à nos oppositions sclérosantes, celui de voter et de consommer en cohérence avec nos convictions, et surtout, celui d’éduquer nos enfants à autre chose que la peur. Ce sont les générations futures qui pourront nous sortir de cette spirale fataliste de domination et de soumission, alors donnons-leur les moyens de questionner, d’interroger, de verbaliser, d’écouter, de se sécuriser autrement qu’en humiliant l’autre. Ce n’est pas un vœu pieu déconnecté de la réalité, c’est la plus puissante source de transformation dont nos sociétés disposent. Ce matin, mes doigts ne trouvent pas le chemin de ma tête, mais celui du cœur. Je vous souhaite de vous souvenir de nos refrains de paix. #Bonjour@lisa.sorgini

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