• Marie Robert

Ceci est une ado, éternellement insoumise



Lire le journal d’adolescence de Susan Sontag, c’est sentir souffler en soi un appel. Celui de l’insolence, du désordre, du plaisir, de l’intelligence aiguë qui ne se laisse pas dicter sa conduite. Née aux États-Unis en 1933, Susan Sontag est une intellectuelle engagée, à la détermination farouche. S’affranchissant des frontières entre les genres, le corps et l'esprit, elle se caractérise par sa façon d’être aussi profonde que grave, aussi que pop et espiègle. Pour elle, la vie se pétrit, se construit sans relâche pour y apporter des améliorations. Entrée à l'université à 15 ans, travailleuse acharnée, elle se fait connaître en pleine contre-culture américaine avec ses « Notes on camp », un manifeste qui définit le bon et le mauvais goût, la mode et le démodé. Elle écrit une préface pour Georges Bataille, vante Jean-Luc Godard, Claude Lévi-Strauss et Roland Barthes, elle dénonce la guerre contre le Vietnam, analyse le pouvoir de la photographie et des images, recense les livres qu'elle aime et s'inspire de ses deux cancers pour étudier et dénoncer l'imaginaire lié à cette maladie...etc. Bref. Elle affronte sans relâche, se cabre, faisant ainsi hommage à ces mots qu’elle écrivait à 16 ans : « Je sais ce que je veux faire de ma vie : je veux coucher avec beaucoup de gens - je veux vivre et je hais l'idée de mourir - je n'enseignerai pas, je n'ai pas l'intention de laisser mon intellect me dominer, et la dernière chose que je veuille faire est de vénérer le savoir ou les gens qui ont le savoir. J'ai l'intention de tout tenter. J'anticiperai le plaisir partout et je le trouverai. Je vais m'impliquer totalement, tout a de l'importance. La seule chose à laquelle je renonce est le pouvoir de renoncer, de battre en retraite. Je suis vivante, je suis belle, que demander d'autre ? ». Morte en 2004, il faut la lire et saisir que Susan Sontag est un ouragan par qui on gagne à être traversé.

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