• Marie Robert

Ceci est une abîme.

Ceci est un abîme. Il y a quelques années maintenant, je suis allée au cinéma voir le film Interstellar de Christopher Nolan. D’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais eu autant d’angoisses que durant cette séance. J’ai longuement réfléchi à ce qui, dans ces images de fiction, réussissait à provoquer un tel effondrement. Alors certes, il faut dire que l’histoire est plutôt sombre. Le cadre initial est celui d’une humanité menacée de disparition puisque la Terre est devenue inhospitalière et ne nourrit plus suffisamment les hommes. Le héros, joué par Matthew McConaughey, est recruté pour une mission consistant à atteindre des galaxies lointaines, qui pourraient peut-être accueillir de nouvelles colonies humaines. Jusqu’ici, il s’agit d’un récit, relativement classique de science-fiction. Mais ce qui est parvenu à comprimer mon souffle, ce n’est pas cela, c’est plutôt le curieux rapport au temps qu’entretiennent les personnages. Le passé flirte avec l’avenir. Les espaces se confondent. En le regardant, une question surgit, bien plus effrayante que tout le reste : où passe le temps ? Que deviennent les heures que nous consommons ? Dans quel néant se dirigent nos impatiences, nos nostalgies, nos attentes ? Quelle destinée ont nos secondes ? Pourquoi le temps nous sépare-t-il des gens qu’on aime ? « Je n’ai pas le temps », une phrase si banale. Combien de fois l’avons-nous formulé cette semaine ? Pour beaucoup, nos existences sont soumises à une pression constante, justifiée par une foule de raisons plus ou moins légitimes. La vitesse prend possession de nos esprits, elle colonise nos cellules jusqu’à leur imposer une cadence intenable, et en attendant, le ballet des jours se poursuit. Et si en ce dimanche matin, nous rendions hommage au temps, lorsqu’il sait être doux ? Et si on célébrait cette matière brute, impalpable, incontrôlable, à cette étoile filante ? Savourons-là, avant qu’elle nous prenne tout, emparons-nous de chaque fragment de poussière, de lumière, d’amour, de paroles. Il n’y a sans doute pas d’autre galaxie que celle qu’on habite au présent. Je vous souhaite un voyage interstellaire au cœur de nos vies. #Bonjour





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