• Marie Robert

Ceci est une éternité.


Deux adolescents. Je les regarde marcher devant moi. Ils se tiennent à une distance parfaitement réglementaire, et avancent, indifférents aux perspectives, lovés l’un et l’autre dans des sweats un peu trop grands. La lassitude flirte avec la maladresse. L’ennui se fait abyssal. Tout à coup, l’air se charge d’un curieux tumulte. Il n'y a encore aucune goutte, mais déjà les feuilles tourbillonnent, le vent se lève et balaye d’insolence la morosité. Ambiguïté de l’instant. Confusion poétique. Beauté de la pluie avant qu’elle tombe. Nous sommes tous suspendus aux lèvres du ciel. Rien ne bouge, pourtant tout est agitation. Et puis, soudain, l’orage impose sa splendeur. L’épaisseur de ses gouttes. La majesté de son chaos. A l’horizon, les adolescents se mettent à courir d’une joie enfantine. Chaque partie de leur corps se meut avec fougue. Ils habitent l’amplitude de leurs pulls. Rien d’autre à faire que perdre haleine. Ils courent vers le nulle part. L’intensité de leurs éclats de rires me bouleverse, me transperce d’amour et de possibles. Je ne sais plus ce qui mouille mes joues. Ode aux basculements, aux secousses, aux promesses. A cet instant, le monde est un miracle. A cet instant, les paradis ne sont plus perdus.

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