• Marie Robert

Ceci est un voyage intérieur.


Ceci est un voyage intérieur. C’est curieux comme nos gestes sont automatiques. On se lève et on se love dans nos rituels. Qu’on se brosse les dents, qu’on traîne au lit, ou qu’on saute dans un jean pour aller faire un tour, la perspective est la même : on fait. Pourquoi ? Parce que c’est comme ça et parce que ça a toujours été le cas. Parce que depuis l’enfance on mange des yaourts à la framboise sans se demander si on aime vraiment ça. Parce qu’on s’entoure de constructions sans chercher à savoir si elles nous protègent où nous abiment. Et c’est pareil pour absolument tout dans la vie. Bien entendu, ce cadre est infiniment rassurant, et surtout nécessaire. Il nous permet d’aller vite, de mener notre vie et de bâtir des sociétés. Mais que se passerait-il si, ce matin, pour une fois, nous contemplions nos habitudes avec le regard d’un étranger ? Si nous cheminions dans notre matinée comme dans une terre inconnue ? Qu’est-ce qui nous interpellerait ? Qu’est-ce qui nous choquerait si nous n’avions pas ce filtre de la répétition quotidienne ? Quelles seraient nos révélations si nous adoptions le point de vue de l’étrangeté ? L’étrangeté se trouve dans l’œil de celui qui « découvre » ce qu’il regarde. C’est ici que l’évidence devient une énigme. Le familier disparait et laisse le champ libre. C’est la leçon de La Nausée de Sartre, dont l’antihéros, Antoine Roquentin, qui se contentait, jusque-là, de vivre comme tout le monde, s’avise, un beau jour, que les hommes ressemblent à des « paquets tièdes ». Le monde devient alors un curieux espace : la langue est un « mille-pattes qui gratte la gorge », le visage « une carte géologique à la lisière du monde végétal » où s’entrelacent « crevasses et taupinières », et le sexe féminin est un « petit jardin avec des arbres bas et larges d’où pendent d’immenses feuilles couvertes de poils où courent des fourmis ». Les métaphores sont troublantes, elles nous dégoûtent, nous séduisent ou nous percutent, mais c’est bien le but de la pratique. Faire de l’étrangeté, l’art d’être dépaysé chez soi. Comment allez-vous vous regarder aujourd’hui ? Je vous souhaite d’être explorateur. #Bonjour

22 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout